Les romans

La Tempête du siècle, Stephen King (1999)

Présentation

La Tempête du Siècle est un roman de Stephen King un peu particulier. En l’écrivant, l’auteur s’est rapidement rendu compte du potentiel visuel de son histoire et a décidé d’en faire un scénario pour une mini-série. Ainsi, le livre se lit comme l’on pourrait lire le script d’un film ou d’une pièce de théâtre : le nom des personnages figure avant chaque dialogue ainsi que le contexte de chaque scène. La Tempête du Siècle ou « Storm of the Century » se déroule sur l’île de Little Tall et met en scène un nombre important de personnages qui vont tenter de faire face à deux événements imprévisibles : la survenue d’une tempête de neige dévastatrice les coupant du monde ainsi que l’arrivée d’un mystérieux personnage sur l’île « André Linoge ». Parmi les habitants notoires, Mike Anderson, le shérif, se démarque et tente de prendre en main la situation. Lorsqu’une dame âgée est retrouvée morte dans sa maison, Linoge est directement soupçonné. L’angoisse monte au sein de la communauté et les habitants se retrouvent rapidement face à des phénomènes qui dépassent l’entendement, car le danger ne se situe pas toujours là où on le croit.

Mon histoire avec le livre

J’ai lu ce roman dans le cadre de l’automne du King, le défi annuel crée par @Tomabooks. Aucune histoire ne se cache derrière l’achat de ce roman. Il ne fait pas partie des King les plus connus. Je ne me rappelle même pas l’avoir acheté. Et à vrai dire, je l’ai choisi dans ma bibliothèque, car il demeurait l’un des derniers romans « courts » de l’auteur (448 pages) qu’il me restait à lire… ! N’ayant pas la foi de me lancer dans un pavé. Pour un maximum d’immersion dans l’histoire, je recommande de le lire par une nuit d’orage ou en plein hiver !

Mon ressenti

J’ai plutôt bien aimé cette lecture. Nous sommes rapidement mis dans le bain, il n’y a pas vraiment de temps mort dans le récit. King nous épargne pour une fois la description sur-détaillée de son cadre et de l’ensemble des personnages, priorisant la mise en avant d’une thématique spécifique : l’impact que peut avoir la présence d’une seule personne malfaisante sur l’ensemble d’une communauté. Ce sujet avait déjà été traité par King dans Bazaar, où l’arrivée d’un vendeur dans la ville de Castle Rock était l’élément déclencheur de nombreux événements catastrophiques.

Si nous avons accès à une multitude de points de vue dans la Tempête du Siècle, l’action est surtout ancrée autour du personnage de Mike, ce qui permet de creuser son personnage. J’ai aimé l’ambiance confinement, quasiment huis-clos qui émane de l’histoire. Les habitants de Little Tall sont livrés à eux-mêmes pendant la tempête, ce qui aura pour conséquence de faire émerger la nature la plus profonde (et la plus abjecte) de certains habitants. Comme l’auteur le montre souvent dans ses écrits, la vraie horreur est celle qui se situe à l’intérieur de ses personnages. Ces derniers sont torturés, faibles, remplis de défauts et de traumatismes. Et c’est ce qui les rend aussi intéressants !

La force du récit réside également dans la présence d’André Linoge, le mal incarné. Omnipotent et omniscient, il répétera une même phrase tout au long du roman : « Give me what I want and I’ll go away ». À lui seul, il apporte la touche horreur et fantastique de l’ensemble du roman. Un antagoniste charismatique qui poussera les habitants de l’île jusque dans leurs derniers retranchements.

L’adaptation

Je ne sais pas si l’on peut parler d’adaptation, puisque La Tempête du Siècle a été écrit par King en tant que scénario. Pour ma culture personnelle et les bienfaits de l’article, j’ai visionné la mini-série de 4 h 30. Étonnamment, je ne l’ai pas trouvée indigeste malgré la retranscription mot à mot du scénario. Il n’y a aucun changement dans la mini-série. Cela aurait pu être extrêmement ennuyeux, mais je n’ai pas eu ce ressenti. Est-ce dû aux prestations des acteurs ? Colm Feore est parfait dans le rôle de Linoge, et Timothy Daly qui interprète le shérif Mike Anderson est également convaincant (surtout dans la dernière partie). Ou est-ce dû au respect de l’ambiance et à l’angoisse qui monte crescendo tout au long de l’intrigue ? Toujours est-il que j’ai passé un bon moment !

Conclusion

En bref, une lecture haletante qui mériterait d’être un peu plus connue. Je recommande la lecture du roman/script plutôt que la mini-série de 4 h 30.

Les romans

Christine, Stephen King (1983)

Présentation

Christine est un roman écrit en 1983 par Stephen King. Ce pavé (750 pages dans ma version en VO) relate la descente aux enfers d’Arnie Cunningham,à la suite de l’achat d’une voiture pour laquelle il semble avoir eu un véritable coup de cœur : une Plymouth Fury de 1958 prénommée « Christine ». Le roman aborde les conséquences de cette nouvelle acquisition sur plusieurs mois, tant sur sa vie privée que sur son environnement. En effet, la Plymouth se révèle être dotée d’une conscience et semble déterminée à rendre le pauvre Arnie fou d’elle, dans tous les sens du terme !

Le roman aborde la thématique de l’amitié, du passage à l’âge adulte mais aussi de la dépendance et de la perte de contrôle à travers le personnage d’Arnie.

Comme de nombreuses œuvres de King, Christine souffre de la comparaison avec son adaptation cinématographique. Sortie la même année, l’adaptation de John Carpenter est devenue très populaire au fil des années. Si populaire, qu’elle a véhiculé (ahahah) de nombreuses images dans l’inconscient collectif, s’imposant comme un monument de la pop culture des années 80. Même si l’on n’a pas lu le livre ou vu le film, au pire on sait de quoi ça parle (« c’est la voiture qui tue tout le monde, c’est ça ? »).

Cependant, le roman de King va beaucoup plus loin !

Mon histoire avec le livre

Cela fait un peu plus de dix ans que je lis Stephen King ou plutôt que je dévore ses œuvres. Ma collection est constituée à 80% d’ouvrages dénichés en brocantes ou en librairie d’occasion. Au fil du temps, je suis parvenu à posséder la quasi-totalité de sa bibliographie. Cependant, en 10 ans de recherches actives je ne suis jamais tombé en face de la fameuse Christine ! Il m’a été nécessaire de succomber à l’achat en ligne afin de me le procurer, dès l’instant où j’ai su que le Roi Stephen allait consacrer un épisode à ce roman (vous pouvez retrouver leur podcast ici).

Toujours est-il que je n’étais pas emballé à l’idée de lire ce roman, persuadé que l’histoire tournerait uniquement autour d’une voiture meurtrière possessive… Je me suis trompé finalement, Christine est bien plus que ça !

Cette lecture a d’ailleurs été un exercice intéressant pour moi, puisque j’ai choisi de le lire en VO. L’objectif était de tester mes capacités de lecture sur un de ses ouvrages hors Tour Sombre (peu représentatif de son style d’écriture habituel).

Résumé

De manière totalement hasardeuse, Arnie Cunnigham tombe un jour nez à nez avec la voiture de ses rêves. Sans qu’il ne puisse l’expliquer à son ami de longue date, Dennis Guilder, il se sent tout de suite attiré par ce véhicule et décide de l’acheter à son ancien propriétaire Roland Le Bay. « Christine », la Plymouth Fury rouge va au fil du temps prendre de plus en plus de place dans sa vie quotidienne et éloigner Arnie de ses proches. Cette voiture se révèle rapidement différente des autres.

Autrefois renfermé et complexé par son apparence, le jeune homme s’affirme de plus en plus : dans la relation conflictuelle à ses parents, mais également face aux crapules de son lycée. Ce surplus de confiance en lui-même l’aidera d’ailleurs à séduire la nouvelle du lycée, Leigh Cabot. Si Arnie est satisfait de l’ensemble de ces changements dans sa vie à la suite de sa nouvelle acquisition, son ami Dennis s’inquiète de la modification brusque de sa personnalité et de son comportement. Quand des meurtres impliquant une voiture sont reportés par la police de Libertyville, il n’y a aucun doute pour Dennis : Christine est la coupable désignée !

Mon ressenti (peut contenir des traces de spoil)

J’ai mis beaucoup de temps à lire ce roman, ayant lâché la lecture pendant plusieurs semaines passé les 300 pages. Quand je l’ai reprise, j’ai tout lu en quelques jours. Comme dans beaucoup d’œuvres de King la mise en place est lente. L’auteur attache beaucoup d’importance à contextualiser ses histoires. Il creuse ses personnages, leurs habitudes et l’environnement dans lequel ils évoluent. Pour ce roman, le rythme lent me parait cependant pertinent, car il permet au lecteur d’observer l’emprise insidieuse et progressive de Christine sur Arnie.

Il est probable que cela soit dû à la déformation professionnelle mais j’ai vu en Christine une belle métaphore de l’addiction pour ma part ! Malheureusement, l’auteur en connait un rayon à ce sujet. Au fil de l’intrigue, King brosse en effet le portrait d’un jeune homme qui se perd dans une relation toxique et qui ne parvient pas à s’en défaire. Si Christine est au départ synonyme de joie et de bien-être pour lui, elle deviendra rapidement la cause de tous ses maux, resserrant son emprise sur lui à chaque chapitre. Arnie perdra le contrôle de la personne qu’il était et ne parviendra jamais à mettre fin à la relation à Christine sans l’aide de ses proches. Le temps passé auprès de sa voiture et l’obsession qui grandira en lui à son égard aura des conséquences sur son entourage, sur ses notes mais aussi sur ses perspectives d’avenir. Arnie s’oublie dans la dépendance avec le temps, devenant une coquille vide, un réceptacle pour l’âme de Christine qui n’a qu’à se servir.

Christine est un roman d’horreur, mais pas que. Les descriptions peuvent heurter les plus sensibles, je pense notamment à une scène impliquant Buddy Repperton (le bourreau d’Arnie au lycée) et certaines scènes avec Christine font froid dans le dos tant ses agissements et façons de faire sont humanisées. Par ailleurs, le mal qui émane de Christine n’est pas expliqué clairement. Nous sommes à la frontière entre la possession, la présence de fantômes et/ou d’un mal préexistant chez Christine. Nous pouvons aussi faire l’hypothèse que ce véhicule est capable de faire ressortir chez son propriétaire ce qu’il y a de plus noir en lui…

Pour autant, la lecture reste plutôt chill et sympathique. J’ai pu retrouver l’ambiance indescriptible des premiers romans de Stephen King et ce style si particulier qui est le sien.

Enfin, j’ai aimé le fait de voir l’évolution d’Arnie à travers le regard de son ami d’enfance Dennis, qu’il est possible de considérer comme le personnage principal finalement.

Bref, j’ai beaucoup aimé !

Adaptation

Je vais faire court, je me suis ennuyé. Je m’étais fait une tout autre image des personnages, notamment Arnie. La première moitié est plutôt fidèle mais la fin prend un autre chemin. Cela va très vite. Trop vite. Les meurtres se succèdent et le changement dans le comportement du conducteur de la Plymouth m’a semblé trop soudain, empêchant le spectateur d’appréhender la lente descente aux enfers d’Arnie décrite dans le roman.

Je pense cependant que j’aurais apprécié le film si je l’avais visionné pendant mon adolescence, ou si je n’avais pas lu le livre avant.

Seul point positif pour moi : la bande son !

Conclusion

Foncez lire le livre si vous ne l’avais pas déjà fait !

Et méfiez-vous des vieilles voitures !

Les romans

Nuit Noire, Étoiles Mortes – 1922 – Stephen King

Mon histoire avec le livre

Nuit Noire, Étoiles Mortes fait partie des King que j’ai pu découvrir sur le tard. Il a trôné sur ma bibliothèque pendant de nombreux mois avant que je ne me décide à l’ouvrir. Il a été déniché dans une de mes librairies d’occasion préférées à Lyon (celles du genre où les prix sont écrits en francs au crayon papier). Le challenge de l’automne du King (@Tomabooks) m’aura permis de sélectionner une liste d’ouvrages 100 % recueil de nouvelles pour l’automne 2020. Le recueil, sorti en 2010 aux US, comprend quatre nouvelles sanglantes. Écrire un article sur chacune d’elles me semblant dénué de sens, j’ai décidé d’écrire sur celle qui m’a le plus troublé : 1922.

Résumé

1922 raconte l’histoire de la famille James, à la tête d’une ferme dans le fin fond du Nebraska. Wilfred, le père de famille, peine à joindre les deux bouts à cause de la crise économique. Les saisons sont difficiles, l’argent manque et son mariage est sur le point d’imploser. Arlette, sa femme, semble prête à vendre les dernières parcelles de terrain leur appartenant, avec son accord ou non. Son objectif : prendre un nouveau départ à Omaha, la ville la plus proche, et dire adieu à la ferme. Dans l’équation, il y a également Henry « Hank », fruit de leur union. Le jeune homme peine à se démarquer et à exister en dehors de la vie à la ferme, coincé entre une mère castratrice et un père désespéré. Pour Wilfred, une seule solution est envisageable afin qu’ils puissent sortir de ce bourbier : Arlette doit disparaitre !

Mon ressenti

J’ai eu extrêmement de mal à rentrer dans l’histoire de la famille James pour plusieurs raisons. Premièrement, il m’est toujours difficile de me plonger dans un King après avoir lu un tout autre genre (je sortais du Tome 1 de La Communauté du Sud), en particulier lorsque j’ai affaire à quelque chose de très sombre et très imagé (comme 1922). J’ai eu besoin que l’histoire soit bien enclenchée avant de m’immerger dans le récit.

Le manque d’empathie pour le personnage principal a également été un frein à la lecture dans un premier temps. J’ai du mal à suivre les péripéties d’un héros lorsque ce dernier m’est antipathique, d’autant plus lorsque le récit est écrit à la première personne. J’ai souvent cette impression de me faire avoir, d’être pris en otage par l’auteur, forcé d’apprécier ou de compatir avec un personnage odieux. Pour la parenthèse, c’est d’ailleurs ce qui m’a totalement fait passer à côté de Breaking Bad…

Ce n’est pourtant pas le premier psychopathe que dépeint King dans ses histoires. Un mari qui cherche à tuer sa femme pour des raisons égoïstes/immorales, cela n’a rien de nouveau (pensées émues pour Jack Torrance). Qu’est-ce qui est différent alors ? Avec Wilfred James, nous sommes face à un père qui va tenter d’entrainer son fils de quatorze ans dans un meurtre. 

Dès les premières pages, ce sont les liens que je fais avec d’autres œuvres qui me permettent de tenir. Impossible de ne pas penser à Dolores Claiborne, ce roman où une femme tentera de faire disparaitre son mari abusif et alcoolique. Les places sont inversées cette fois-ci. Un autre lien symbolique reviendra unir ces deux histoires de King. Que je ne spoilerai pas ici.

Dès la moitié de la nouvelle, le rythme devient plus rapide. Le récit prend un chemin inattendu qui m’a plu. Avec 1922, King jongle entre le drame familial, l’horreur et le spleen hivernal. Nous assistons à l’effondrement d’une famille tout au long de la nouvelle, persuadés que la fin ne pourra être que malheureuse. Ne cherchez pas de morale, il n’y en a pas. 1922 vient questionner le lecteur sur son ambivalence. Plusieurs thématiques importantes sont abordées : la pauvreté, les liens du sang, la descente aux enfers. Mais j’ai trouvé que la thématique de la parentalité était celle qui ressortait le plus de la nouvelle. Peut-on être une personne horrible tout en étant un bon père ? J’ai l’impression que l’auteur a voulu répondre à cette question tout au long de la nouvelle.

L’adaptation

Netflix a pondu une adaptation de la nouvelle courant 2017. J’ai eu l’occasion de la découvrir en compagnie de mon amie @LapetiteIsa lors de nos movie nights. Je l’ai trouvé particulièrement long (comme à chaque fois qu’une nouvelle d’une centaine de pages est étendue sur 1 h 30 de film). Le résultat est fidèle cependant et l’ambiance dark est plutôt bien retranscrite. La fin m’a beaucoup plu !

Conclusion

Ce n’est pas la meilleure nouvelle de King, ni la pire. Je la recommande à 50%, ayant apprécié seulement la deuxième moitié de la nouvelle. Musophobes, s’abstenir.