Les romans

Nuit Noire, Étoiles Mortes – 1922 – Stephen King

Mon histoire avec le livre

Nuit Noire, Étoiles Mortes fait partie des King que j’ai pu découvrir sur le tard. Il a trôné sur ma bibliothèque pendant de nombreux mois avant que je ne me décide à l’ouvrir. Il a été déniché dans une de mes librairies d’occasion préférées à Lyon (celles du genre où les prix sont écrits en francs au crayon papier). Le challenge de l’automne du King (@Tomabooks) m’aura permis de sélectionner une liste d’ouvrages 100 % recueil de nouvelles pour l’automne 2020. Le recueil, sorti en 2010 aux US, comprend quatre nouvelles sanglantes. Écrire un article sur chacune d’elles me semblant dénué de sens, j’ai décidé d’écrire sur celle qui m’a le plus troublé : 1922.

Résumé

1922 raconte l’histoire de la famille James, à la tête d’une ferme dans le fin fond du Nebraska. Wilfred, le père de famille, peine à joindre les deux bouts à cause de la crise économique. Les saisons sont difficiles, l’argent manque et son mariage est sur le point d’imploser. Arlette, sa femme, semble prête à vendre les dernières parcelles de terrain leur appartenant, avec son accord ou non. Son objectif : prendre un nouveau départ à Omaha, la ville la plus proche, et dire adieu à la ferme. Dans l’équation, il y a également Henry « Hank », fruit de leur union. Le jeune homme peine à se démarquer et à exister en dehors de la vie à la ferme, coincé entre une mère castratrice et un père désespéré. Pour Wilfred, une seule solution est envisageable afin qu’ils puissent sortir de ce bourbier : Arlette doit disparaitre !

Mon ressenti

J’ai eu extrêmement de mal à rentrer dans l’histoire de la famille James pour plusieurs raisons. Premièrement, il m’est toujours difficile de me plonger dans un King après avoir lu un tout autre genre (je sortais du Tome 1 de La Communauté du Sud), en particulier lorsque j’ai affaire à quelque chose de très sombre et très imagé (comme 1922). J’ai eu besoin que l’histoire soit bien enclenchée avant de m’immerger dans le récit.

Le manque d’empathie pour le personnage principal a également été un frein à la lecture dans un premier temps. J’ai du mal à suivre les péripéties d’un héros lorsque ce dernier m’est antipathique, d’autant plus lorsque le récit est écrit à la première personne. J’ai souvent cette impression de me faire avoir, d’être pris en otage par l’auteur, forcé d’apprécier ou de compatir avec un personnage odieux. Pour la parenthèse, c’est d’ailleurs ce qui m’a totalement fait passer à côté de Breaking Bad…

Ce n’est pourtant pas le premier psychopathe que dépeint King dans ses histoires. Un mari qui cherche à tuer sa femme pour des raisons égoïstes/immorales, cela n’a rien de nouveau (pensées émues pour Jack Torrance). Qu’est-ce qui est différent alors ? Avec Wilfred James, nous sommes face à un père qui va tenter d’entrainer son fils de quatorze ans dans un meurtre. 

Dès les premières pages, ce sont les liens que je fais avec d’autres œuvres qui me permettent de tenir. Impossible de ne pas penser à Dolores Claiborne, ce roman où une femme tentera de faire disparaitre son mari abusif et alcoolique. Les places sont inversées cette fois-ci. Un autre lien symbolique reviendra unir ces deux histoires de King. Que je ne spoilerai pas ici.

Dès la moitié de la nouvelle, le rythme devient plus rapide. Le récit prend un chemin inattendu qui m’a plu. Avec 1922, King jongle entre le drame familial, l’horreur et le spleen hivernal. Nous assistons à l’effondrement d’une famille tout au long de la nouvelle, persuadés que la fin ne pourra être que malheureuse. Ne cherchez pas de morale, il n’y en a pas. 1922 vient questionner le lecteur sur son ambivalence. Plusieurs thématiques importantes sont abordées : la pauvreté, les liens du sang, la descente aux enfers. Mais j’ai trouvé que la thématique de la parentalité était celle qui ressortait le plus de la nouvelle. Peut-on être une personne horrible tout en étant un bon père ? J’ai l’impression que l’auteur a voulu répondre à cette question tout au long de la nouvelle.

L’adaptation

Netflix a pondu une adaptation de la nouvelle courant 2017. J’ai eu l’occasion de la découvrir en compagnie de mon amie @LapetiteIsa lors de nos movie nights. Je l’ai trouvé particulièrement long (comme à chaque fois qu’une nouvelle d’une centaine de pages est étendue sur 1 h 30 de film). Le résultat est fidèle cependant et l’ambiance dark est plutôt bien retranscrite. La fin m’a beaucoup plu !

Conclusion

Ce n’est pas la meilleure nouvelle de King, ni la pire. Je la recommande à 50%, ayant apprécié seulement la deuxième moitié de la nouvelle. Musophobes, s’abstenir.

Les romans

Tales of the City – Tome 1, Armistead MAUPIN – Une escapade dans le San Francisco des années 70′

Mon histoire avec le livre

On ne va pas se mentir, je n’avais aucune connaissance de l’œuvre d’Armistead Maupin avant l’année 2019. Cette année-là (♫), le revival de la série télévisée Tales of the City était diffusé sur Netflix, offrant aux fans de la première heure l’opportunité de dire au revoir aux habitants du 28, Barbary Lane. Ce fut pour moi l’occasion de découvrir cet univers et de binge-watcher les trois saisons originelles des années 90 en quelques jours (arrêt maladie oblige) avant de m’attaquer au revival « 20 ans après ». Je fus transporté dès le 1er épisode par cette série ovni qui commence comme n’importe quelle sitcom sentimentale suivant les frasques d’un groupe d’amis hors normes. Sauf que non. Rapidement, révélations, meurtres et coup de théâtre sur fond LGBTQ+ viennent épicer le quotidien des quelques héros que nous suivons. C’était la série dont j’ignorais avoir besoin. Il a suffi que je découvre qu’avant de devenir une série, Les Chroniques de San Francisco étaient une suite de neuf livres pour que je me lance dans la lecture de ces petits bijoux.

Je vous propose une ballade dans le San Francisco des années 70, direction le modeste quartier folklorique de Russian Hill.

Résumé

Mary-Ann Singleton, fraichement débarquée de son Cleveland natal, décide de s’établir à San Francisco. Un seul problème, elle ne colle pas du tout avec la ville. L’énergie de SF, sa libération sexuelle et l’ouverture d’esprit de ses habitants la déroutent. Son chemin la mène rapidement dans la demeure d’Anna Madrigal au 28, Barbary Lane. La mystérieuse logeuse lui propose un appartement dans sa somptueuse maison, lui répétant à plusieurs reprises qu’elle a été choisie pour y habiter. Elle y fera la rencontre de Mona, une hippie anarchique se définissant à son grand regret comme la fille à pédé du coin (ou « fag hag » en VO), Michael, un homosexuel jouissant des plaisirs de la ville, et de Brian leur séduisant voisin un peu misogyne sur les bords. Tous trois vivent leur sexualité comme ils l’entendent et ne rendent de comptes à personne. Avec l’aide de ses nouveaux amis, elle tentera de s’adapter à cette nouvelle vie, la sienne.

Mon ressenti

Sans surprise, j’ai adoré le premier tome des aventures de Mary-Ann. J’aurais aimé découvrir les romans avant la série. Il est toujours difficile de s’imaginer les personnages lorsque nous les avons déjà vus à l’écran (malgré les multiples changements d’acteurs au fil des saisons…). La lecture de ce premier tome est très rapide et agréable. À l’origine, Armistead Maupin publiait ses histoires chaque semaine dans le San Francisco Chronicles, ce qui explique le petit format des chapitres (trois ou quatre pages en moyenne) et le nom du livre en VF. Chaque chapitre présente une aventure succincte du point de vue d’un protagoniste. Les personnages m’ont paru humains et crédibles. Il est facile de s’identifier à chacun d’eux. Le personnage de Michael m’a semblé le plus attachant de par sa loyauté, son franc-parler et son humour NSFW. L’histoire a quelque chose de magique, chaque aventure contée m’a donné l’impression d’être à San Francisco. Une excellente lecture pour se détendre. C’est plutôt drôle et étonnamment en avance sur son temps. À aucun moment, je n’ai eu le sentiment de tenir un ouvrage datant de 1978 tant les personnages sont ouverts d’esprit et au vu des thématiques abordées.

Les adaptations télévisées

Comme il l’est fait référence un peu plus haut, Tales of the City a donné suite à une série télévisée de quatre saisons : les trois premières ayant été diffusées entre 1993 et 2001, le revival est quant à lui sorti en 2019 sur Netflix. La saison 1 des « Chroniques de San Francisco » adapte le premier tome d’Armistead Maupin avec brio. La plupart des intrigues du bouquin sont retranscrites fidèlement à l’écran et portées par des acteurs de qualité. Je pense notamment à la performance bluffante d’Olympia Dukakis dans le rôle d’Anne Madrigal.

Conclusion

Cet article a été écrit il y a un peu plus d’un an. Depuis j’ai pu lire l’intégralité des neufs romans en quelques mois. Autant dire que j’ai adoré. Je recommande, en VF comme en VO. Parfait pour les personnes qui veulent se lancer dans la lecture en anglais (je l’ai trouvé plutôt facile d’accès).